{"id":1564,"date":"2013-03-29T11:13:51","date_gmt":"2013-03-29T10:13:51","guid":{"rendered":"https:\/\/symev.org\/?p=1564"},"modified":"2013-03-29T11:27:45","modified_gmt":"2013-03-29T10:27:45","slug":"laurence-mouillefarine-et-philippe-colin-olivier-les-commissaires-priseurs-sont-des-denicheurs-de-tresors","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/symev.org\/?p=1564","title":{"rendered":"Laurence Mouillefarine  et Philippe Colin-Olivier\u00a0:  \u201cLes commissaires-priseurs sont des d\u00e9nicheurs de tr\u00e9sors.\u201d"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"https:\/\/symev.org\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/PCO-LM-\u00a9Marc-Mameaux.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft  wp-image-1565\" alt=\"PCO-LM- \u00a9Marc Mameaux\" src=\"https:\/\/symev.org\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/PCO-LM-\u00a9Marc-Mameaux-300x200.jpg\" width=\"270\" height=\"180\" srcset=\"https:\/\/symev.org\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/PCO-LM-\u00a9Marc-Mameaux-300x200.jpg 300w, https:\/\/symev.org\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/PCO-LM-\u00a9Marc-Mameaux-1024x685.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 270px) 100vw, 270px\" \/><\/a>Excellents connaisseurs du monde de l\u2019art et des ench\u00e8res, l\u2019\u00e9crivain Philippe Colin-Olivier et la journaliste Laurence Mouillefarine ont publi\u00e9 r\u00e9cemment un ouvrage consacr\u00e9 aux tr\u00e9sors artistiques, historiques et arch\u00e9ologiques retrouv\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es avant de battre des records dans les salles de ventes (<a title=\"Livre Colin-Olivier et Mouillefarine\" href=\"http:\/\/www.lepassage-editions.fr\/essais\/a_vous_etes_riche.html\" target=\"_blank\"><em>Vous \u00eates riche sans le savoir<\/em><\/a>, Editions Le Passage). Avec cette enqu\u00eate tr\u00e8s document\u00e9e, ils offrent \u00e9galement un aper\u00e7u du r\u00f4le jou\u00e9 par les commissaires-priseurs dans la pr\u00e9servation et la valorisation du patrimoine. Nous leur avons demand\u00e9 de nous en dire plus sur leur vision de notre profession, son image et ses enjeux.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans votre livre vous d\u00e9crivez la d\u00e9couverte de tr\u00e9sors artistiques, historiques ou arch\u00e9ologiques\u2026 Souvent, des commissaires-priseurs y jouent un r\u00f4le de premier plan. Ce sont des d\u00e9nicheurs de tr\u00e9sors ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Laurence Mouillefarine :<\/strong>\u00a0 Oui, sans aucun doute. Je crois que la qu\u00eate de tr\u00e9sors repr\u00e9sente m\u00eame l\u2019essence de leur m\u00e9tier. Le r\u00f4le du commissaire-priseur consiste en effet, \u00e0 rep\u00e9rer dans les innombrables objets qui passent entre ses mains, ceux qui ont de la valeur. Il faut \u00e0 cet \u00e9gard leur rendre hommage car c\u2019est une t\u00e2che souvent fastidieuse qui demande beaucoup de patience et d\u2019endurance pour des r\u00e9sultats jamais garantis\u2026 Et pourtant, comme nous avons pu le constater au cours de notre enqu\u00eate, la plupart d\u2019entre eux conservent le feu sacr\u00e9 et m\u00eame une forme d\u2019excitation\u2026 Les bons commissaires-priseurs sont anim\u00e9s par la curiosit\u00e9.<br \/>\n<strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>Philippe Colin-Olivier :<\/strong> Je suis \u00e9galement persuad\u00e9 que c\u2019est la perspective de trouver une pi\u00e8ce d\u2019exception qui les fait se lever le matin pour inventorier m\u00e9ticuleusement des greniers encombr\u00e9s, ouvrir de vieilles malles, examiner armoires et tiroirs et affronter la poussi\u00e8re\u2026. Si bien que, conjointement\u00a0 avec les antiquaires, ils jouent un r\u00f4le incomparable au service de la pr\u00e9servation du patrimoine culturel national et m\u00eame mondial, puisqu\u2019il n\u2019est pas rare qu\u2019ils retrouvent aussi des \u0153uvres majeures embl\u00e9matiques d\u2019autres civilisations. Les greniers des Fran\u00e7ais rec\u00e8lent en effet parfois des tr\u00e9sors insoup\u00e7onn\u00e9s, t\u00e9moins, notamment, des aventures coloniales v\u00e9cues par leurs a\u00efeux dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, et dont l\u2019existence a \u00e9t\u00e9 progressivement effac\u00e9e de la m\u00e9moire familiale\u2026<\/p>\n<div id=\"attachment_1568\" style=\"width: 161px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/symev.org\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/LePassage-VERSLS-1ereCouv.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1568\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1568  \" alt=\"Vous \u00eates riche sans le savoir, par Laurence Mouillefarine et Philippe Colin-Olivier, Editions Le Passage, octobre 2012, 256 p., 18 \u20ac.\" src=\"https:\/\/symev.org\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/LePassage-VERSLS-1ereCouv-189x300.jpg\" width=\"151\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/symev.org\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/LePassage-VERSLS-1ereCouv-189x300.jpg 189w, https:\/\/symev.org\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/LePassage-VERSLS-1ereCouv-648x1024.jpg 648w\" sizes=\"(max-width: 151px) 100vw, 151px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1568\" class=\"wp-caption-text\">\u201cVous \u00eates riche sans le savoir\u201d, par Laurence Mouillefarine et Philippe Colin-Olivier, Editions Le Passage, octobre 2012, 256 p., 18 \u20ac.<\/p><\/div>\n<p><strong>De fait, au fil de votre r\u00e9cit, on d\u00e9couvre que sans les commissaires-priseurs, nombre d\u2019\u0153uvres ou d\u2019objets inestimables auraient probablement \u00e9t\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diablement perdus\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Philippe Colin-Olivier :<\/strong> Exact. Et nous donnons \u00e0 cet \u00e9gard, plusieurs exemples \u00e9loquents. Ainsi de cette potiche chinoise en porcelaine bleue, adjug\u00e9e voici quelques ann\u00e9es 3,5 millions d\u2019euros \u00e0 Drouot. Une pi\u00e8ce exceptionnelle datant du XIVe si\u00e8cle qui fut sauv\u00e9e gr\u00e2ce l\u2019\u0153il averti d\u2019un commissaire-priseur. Lorsqu\u2019il l\u2019a rep\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019inventaire d\u2019un appartement parisien encombr\u00e9 de bibelots, elle \u00e9tait pleine de m\u00e9gots de cigarettes\u2026 Ses propri\u00e9taires s\u2019en servaient comme cendrier !<\/p>\n<p><strong>Laurence Mouillefarine :<\/strong> Un autre exemple : celui des cr\u00e9ations du couturier Paul Poiret rep\u00e9r\u00e9es in extremis dans les combles de la maison de sa petite-fille. \u00c0 un jour pr\u00e8s, ces \u201cvieux chiffons\u201d partaient \u00e0 la d\u00e9charge\u2026 Ils ont finalement \u00e9t\u00e9 vendus \u00e0 Drouot pour un montant de plus d\u2019un million et demi d\u2019euros ! Parmi les acqu\u00e9reurs figuraient des conservateurs des plus grands mus\u00e9es, dont celui du Metropolitan Museum de New York qui a emport\u00e9, \u00e0 lui seul, un tiers de la collection. Paul Poiret occupe en effet une place majeure dans l\u2019histoire de la haute couture. Au d\u00e9but du si\u00e8cle, il a d\u00e9barrass\u00e9 les femmes du corset et a tout invent\u00e9 : l\u2019ensemble veste-pantalon, la jupe-culotte, etc. Lorsqu\u2019ils sont professionnels et consciencieux, les commissaires-priseurs de ventes volontaires jouent donc un r\u00f4le majeur au service de notre connaissance des arts.<\/p>\n<p><strong>Pourtant, aujourd\u2019hui encore, il est fr\u00e9quent de les consid\u00e9rer comme de simples \u00ab marchands \u00bb et de d\u00e9nier le r\u00f4le qu\u2019il joue au service de la culture. Comment l\u2019expliquez-vous ?<\/strong><br \/>\n<strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>Philippe Colin-Olivier :<\/strong> \u00c0 mon sens, cette tournure d\u2019esprit est essentiellement fran\u00e7aise. Dans notre pays, nous aimons opposer la sph\u00e8re publique \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e et surtout nous aimons croire que seule la premi\u00e8re est capable de contribuer \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u2026 Or, bien s\u00fbr, c\u2019est une vision simpliste et biais\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9. Pour que l\u2019art s\u2019\u00e9panouisse et que les artistes vivent, les mus\u00e9es ne suffisent pas ! Il faut bien qu\u2019il ait aussi un march\u00e9 de l\u2019art, des marchands, des galeristes, des maisons de vente\u2026 Alors bien s\u00fbr, on soulignera que ces acteurs ne sont pas d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s, qu\u2019ils font du commerce et sont \u00e0 la t\u00eate d\u2019entreprises. C\u2019est vrai ! Mais n\u2019est-ce pas justement ce qui les pousse \u00e0 se donner du mal, \u00e0 \u00eatre des d\u00e9nicheurs de tr\u00e9sors\u00a0? Bien entendu, un commissaire-priseur qui s\u2019astreint \u00e0 un inventaire fastidieux esp\u00e8re aussi trouver des pi\u00e8ces qui se vendront bien. Mais c\u2019est aussi pour cette raison qu\u2019il sera un bon chercheur, obstin\u00e9, endurant\u2026\u00a0 Les conservateurs de mus\u00e9e ont beaucoup de qualit\u00e9s et ils jouent \u00e9galement un r\u00f4le \u00e9minent au service de la culture et du patrimoine, mais reconnaissons qu\u2019il est plus rare de les voir arpenter les greniers \u00e0 la recherche d\u2019\u0153uvres oubli\u00e9es !<br \/>\n<strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>Laurence Mouillefarine :<\/strong> De fait, les mus\u00e9es b\u00e9n\u00e9ficient pleinement de l\u2019action accomplie sur le terrain par les commissaires-priseurs et les antiquaires. Gr\u00e2ce au quadrillage de ces derniers, ils r\u00e9cup\u00e8rent nombre d\u2019\u0153uvres qui n\u2019auraient jamais rejoint leur fond sans leur action quotidienne. Les conservateurs le savent bien. Il \u00e9tait inconcevable il y a quelques ann\u00e9es que marchands et mus\u00e9es se parlent. Aujourd\u2019hui ils se rapprochent. Progressivement, tous les acteurs de l\u2019art comprennent qu\u2019ils appartiennent \u00e0 une m\u00eame fili\u00e8re.<br \/>\n<strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>Philippe Colin-Olivier :<\/strong> Je crois effectivement que les lignes bougent et que la crise actuelle va accentuer ce mouvement. En effet, \u00e0 mesure que les budgets publics se resserrent, il va \u00eatre n\u00e9cessaire de d\u00e9multiplier et renforcer les partenariats entre les sph\u00e8res publiques et priv\u00e9es. C\u2019est vrai dans le monde de la recherche, dans celui de l\u2019enseignement et \u00e9galement dans celui de la culture. Fort de ce mouvement, je pense que demain les commissaires-priseurs seront plus facilement reconnus comme des acteurs culturels \u00e0 part enti\u00e8re, fussent-ils priv\u00e9s. A condition toutefois qu\u2019ils d\u00e9poussi\u00e8rent un peu leurs pratiques, qu\u2019ils se fassent mieux conna\u00eetre, qu\u2019ils valorisent leur profession, leurs traditions et leur identit\u00e9 avec autant de professionnalisme que d\u2019autres d\u00e9fendent leur marque. Dans le contexte de la mondialisation, l\u2019immobilisme n\u2019est plus de mise. Pour survivre, il faut \u00eatre agile, inventif et offensif !<br \/>\n<strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>Plus globalement, quelle est, selon vous, l\u2019image des commissaires-priseurs dans le grand public ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Laurence Mouillefarine :<\/strong> \u00c0 C\u2019est une image ambivalente. Pour certains, c\u2019est un m\u00e9tier qui inspire un respect un peu teint\u00e9 de distance et de d\u00e9f\u00e9rence, tandis que d\u2019autres restent encore marqu\u00e9s par les affaires qui ont fait beaucoup de tort \u00e0 la profession dans son ensemble. Toutefois, pour la plupart des gens, et notamment pour les plus jeunes, les ench\u00e8res restent surtout un univers un peu myst\u00e9rieux dont ils pr\u00e9f\u00e8rent rester en marge parce qu\u2019ils n\u2019en connaissent pas les codes et les usages. Je connais ainsi des gens qui auraient aim\u00e9 assister \u00e0 une vente mais qui s\u2019en sont abstenus parce qu\u2019ils pensaient qu\u2019ils devraient payer leur place comme au cin\u00e9ma ! Une autre anecdote : un jour \u00e0 Drouot j\u2019ai aper\u00e7u une dame de mes connaissances qui entreprenait de faire expertiser progressivement les nombreux objets de valeurs de sa maison de famille\u2026 Elle ignorait qu\u2019il \u00e9tait possible de faire r\u00e9aliser cet inventaire sur place ! Ces exemples font sourire les habitu\u00e9s. Ils d\u00e9montrent bien que les maisons de ventes peuvent parfaitement toucher de nouveaux publics si elles trouvent le moyen d\u2019ouvrir plus largement leurs portes. A cette fin, les Journ\u00e9es Marteau organis\u00e9es par le Symev sont bien s\u00fbr une excellente initiative. Je crois aussi aux vertus des ventes th\u00e9matiques et \u00e0 l\u2019organisation d\u2019expositions ouvertes \u00e0 tous qui peuvent inciter de nouveaux visiteurs \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer plus volontiers dans les h\u00f4tels de vente. Car l\u2019app\u00e9tence pour l\u2019art et les objets anciens est bien l\u00e0 !<br \/>\n<strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>Philippe Colin-Olivier :<\/strong> Je crois aussi que les marges de progression sont importantes, parce que le go\u00fbt des grands ou petits tr\u00e9sors n\u2019est \u00e9videmment pas l\u2019apanage des seuls commissaires-priseurs. En r\u00e9alit\u00e9, les tr\u00e9sors retrouv\u00e9s font r\u00eaver tout le monde !<\/p>\n<p><em><strong>Propos recueillis par Christophe Blanc<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Cet entretien est initialement paru dans la <a href=\"https:\/\/symev.org\/la-revue\/anciens-numeros\/ \"><em>Revue du Symev<\/em> n\u00b06<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Excellents connaisseurs du monde de l\u2019art et des ench\u00e8res, l\u2019\u00e9crivain Philippe Colin-Olivier et la journaliste Laurence Mouillefarine ont publi\u00e9 r\u00e9cemment un ouvrage consacr\u00e9 aux tr\u00e9sors artistiques, historiques et arch\u00e9ologiques retrouv\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es avant de battre des records dans les salles de ventes (Vous \u00eates riche sans le savoir, Editions Le Passage). 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